Par ROY ATIRET BIYE, Journaliste et Éditorialiste Politique.

Au delà de la Guerre des Récits autour des accusations de torture, de maltraitance et d’atteinte à la dignité humaine formulées par Sylvia Bongo Ondimba. Sylvia Bongo Ondimba, ex-Première Dame du Gabon, a, lors d’une interview accordée à France 24, porté des accusations d’atteinte à la dignité humaine concernant sa personne et celle de son fils Noureddin Bongo Valentin. Une interview qui a été diversement interprétée par Monsieur le tout le Monde, créant une vague d’indignation et suscitant plusieurs témoignages contradictoires.

Au-delà du fait que cette sortie ait fait monter quelque peu le mercure sur la scène politique, médiatique et cybernétique au Gabon comme ailleurs, avec notamment la réaction du ministre de la Communication qui a battu en brèche ces accusations, d’un point de vue général, celle-ci a ravivé un débat aussi sensible que devenu sempiternel : celui des conditions de détention et du respect des droits humains dans les prisons gabonaises.Dans le tumulte des récits contradictoires et des positionnements politiques, l’émotion et la polémique risquent parfois d’obscurcir la question essentielle : comme nous l’enseigne les historiographes, l’histoire est le récit de ce qui s’est passé autrefois. Ainsi l’on peut se poser une question légitime au prétexte de la direction des horloges médiatiques : la dignité humaine est-elle véritablement garantie dans l’univers carcéral gabonais depuis la nuit des Ajeviens, de la Young team et d’autres brebis galeuses capturés dans les filets des opérations «mamba» et «scorpion» mais aussi des déménageurs du système pris en embuscade du combat politique et syndical voir médiatique ?
L’ancienne Première Dame n’est pas une voix anodine dans ce débat. Durant de longues années, Sylvia Bongo Ondimba a occupé une position centrale dans l’architecture du pouvoir gabonais aux côtés de son époux, Ali Bongo Ondimba. Elle a pris part à de nombreuses initiatives internationales comme institutionnelles au plan national , consacrées effectivement aux questions sociales et aux droits humains, notamment à travers la Fondation Sylvia Bongo Ondimba.Cette trajectoire donne aujourd’hui à ses déclarations une dimension particulière. Mais elle soulève aussi une interrogation qui traverse l’opinion publique : pourquoi ces dénonciations surgissent-elles maintenant et pourquoi pas dans le contexte où plusieurs figures de l’ancien régime avaient elles-mêmes, par le passé, dénoncé des pratiques similaires pendant ou après leur sortie de prison ? Cette question que les moralisateurs et les témoins de l’histoire posent dans leurs cœurs mérite bien quelques témoignages. On se souvient encore de ces nombreuses alertes sanitaires et dénonciations concernant les conditions d’incarcération de certains collaborateurs gênant et proches politiques devenus critiques, relayées à l’époque par des activistes et des lanceurs d’alerte.En effet, bien avant ces accusations, d’autres détenus avaient évoqué publiquement des traitements dégradants dans les lieux de détention. Parmi eux, Bertrand Zibi Abeghe ancien député de la République sous Ali Bongo Ondimba ou encore Brice Laccruche Alihanga ex directeur de cabinet à la Présidence de la République, pour ne citer que ces deux-là, dont les témoignages avaient alimenté, à l’époque, une controverse sur l’état du système carcéral gabonais.L’organisation de la société civile SOS Prisonniers et autres va t’en guerre de la toile avaient d’ailleurs acquis une certaine légitimité dans cette perspective de dénonciation et de communication régulière sur ces sujets qui n’honorent ni l’ancien régime ni la Cinquième République si de telles pratiques venaient à se poursuivre pendant que nous y sommes.Tout compte fait, ces précédents rappellent une vérité dérangeante : la question de la dignité des détenus ne peut être abordée selon la seule logique des camps politiques.
Elle dépasse les individus, les régimes et les circonstances, pas même celles qui impliqueraient un contradicteur politique ou un journaliste critique.Car la prison, dans un État moderne, ne doit jamais être un espace où la dignité humaine disparaît. Elle constitue un lieu de privation de liberté, non un espace de suspension des droits fondamentaux de la personne.Les normes internationales, notamment celles consacrées par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et la Déclaration universelle des droits de l’homme, telles que rappelées par les institutions internationales et retranscrites dans le corpus de notre Constitution, et qui résonnent également avec les lois millénaires de nos terres et cultures africaines bantoues, rappellent avec force que, même incarcéré, l’être humain demeure titulaire de droits inaliénables.Dès lors, la véritable question pour les républicains n’est pas tant de savoir si ces accusations sont avérées dans cette guerre de récits lancée sur les médias internationaux, qui ne l’oublions pas, sont aussi dans une certaine mesure, des instruments de pression et de bataille de communication politique qui entretiennent parfois des narratifs complotistes et de déstabilisation et de division.
Elle est plus profonde et plus exigeante.
Comme nous l’enseigne un principe très sacré de la philosophie, les questions sont parfois plus importantes que les réponses. À cet effet, quel système carcéral le Gabon veut-il bâtir pour son avenir ?Car les images et les récits qui circulent aujourd’hui , qu’ils soient exagérés, contestés ou avérés, produisent à bien des égards, un effet politique réel : ils façonnent la perception internationale d’un pays engagé dans une transition et aspirant à un renouveau institutionnel véritable.La promesse d’une Cinquième République gabonaise Moderne ne peut se limiter à une simple transformation des structures du pouvoir. Elle doit aussi incarner une révolution éthique dans la manière d’exercer l’autorité publique. Elle doit opérer un saut qualitatif dans les pratiques et les normes. Le principe du respect de la loi. C’est cette grande impatience du Gabon unitaire qui oblige à une coexistence pacifique entre les citoyens, mais aussi à une relation de confiance entre les institutions et les dépositaires de l’autorité de contrainte publique. Gage incontestable du nouveau contrat social établi par l’acte du plébiscite et d’amandement du 30 août 2023 et confirmé dans les urnes le 12 avril 2025 par la majorité votante des citoyens Gabonais. Cela suppose notamment une exigence claire : que les forces de l’ordre et de sécurité, tout comme les auxiliaires de justice, investis d’une mission républicaine et assermentés pour la protection des citoyens, demeurent irréprochables dans le traitement des personnes privées de liberté.L’État de droit se mesure souvent dans ses marges les plus sensibles. Ainsi les tribunaux, les commissariats et les prisons. Sans oublier les rapports de contact qui les lient à Monsieur Lambda dans les rues et les autres espaces publics qui servent de contact quotidien.C’est là que se révèle, au-delà des discours, la véritable nature d’un régime politique.
Si le Gabon, sous les vents sociaux virevoltants actuels, les défis majeurs de la gouvernance et de la répercussion des politiques publiques dans le vécu du quotidien, veut réellement entrer dans une nouvelle ère, celle du renouveau et de la concorde nationale, l’essor réel vers la félicité vécue, alors il ( Le Gabon ) lui faudra affirmer sans ambiguïté un principe fondamental : aucune cause, aucune accusation, aucune faute ne saurait justifier l’humiliation ou la brutalité contre la personne humaine.Car la grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement à la puissance de ses institutions ou à la richesse de ses ressources, mais aussi à la manière dont elle traite ceux qui se trouvent dans la position la plus fragile.Et dans toute société, le détenu demeure l’une des figures les plus exposées de cette fragilité.C’est pourquoi la question soulevée aujourd’hui dépasse largement le cas de Sylvia Bongo Ondimba, de son fils Noureddin Bongo Valentin, de Bertrand Zibi Abeghe, ou encore de l’ancien directeur de cabinet de la Présidence de la République, Brice Laccruche Alihanga, et même de ces nombreuses victimes silencieuses de la violence d’État .Elle renvoie à une interrogation plus universelle et plus exigeante : quelle place accorde le Gabon à la dignité humaine dans l’exercice concret de sa justice et de son autorité ?Lors du dialogue national, on a vu un certain engouement des défenseurs des droits sociaux et des acteurs cruciaux de la contestation citoyenne se lever pour brandir le caractère sacré de la vie humaine.On peut sans doute croire que la volonté du chef de l’État d’associer ces acteurs clés à la gouvernance institutionnelle et à la participation politique sera une occasion de manifester ce désir de changement.Dans une perspective autre que celle du simple changement de paradigme, cette préoccupation demeurera centrale.
Et la réponse à cette question dépendra, en grande partie, de la crédibilité morale et politique des acteurs institutionnels et d’autres retranchements politiques et sociaux du groupe gouvernant.Les Gabonais pourront alors juger si la tendance est à la reproduction des pratiques des États qui appliquent la fameuse sentence de Plaute : « l’homme est un loup pour l’homme » encore moins ceux qui se contentent de banaliser la dignité humaine. Au delà de cette analyse sur les terrains de la démesure, force est de constater que notre pays n’est plus à l’époque de l’homo faber ( les premiers ominidés qui se nourrissaient du sang et de chaire) , au contraire le Gabon s’acclimate progressivement bien aux exigences du 21ème siècle et est à la mesure de toute chose comme nous enseigne une sagesse chère à la Sophistique. Pour ceux qui œuvrent pour des avis de tempête sur le Gabon et ses institutions, le peuple Gabonais a choisi un Président de la République équilibré et familial qui excècre la sentence et la tragédie, mais qui mendie la cohésion nationale et internationale, l’on peut s’en souvenir de ses nombreuses participations aux grands rendez-vous de la paix et surtout sur les enjeux de la dignité humaine avec l’acte tonique et humaniste de libération des prisonniers politiques et d’autres catégories de détenus, dont notamment le respectable syndicaliste Jean Rémy Yama, le mémorable Lieutenant colonel Kelly Ondo ainsi que la libération négociée par les institutions internationales( L’ONU, L’UA) des accusateurs pour un exil appétissant outre-atlantique en Europe.
Preuve d’un sens de culture politique d’apaisement et de libéralisme . Dans cette perspective, un adage particulier circule chez nos frères et voisins d’Afrique Centrale, « la paix est bien » et l’hymne national nous exhorte ainsi » Oublions nos querelles » , car la paix est un préalable pour toute œuvre de construction d’un Gabon qui se veut durable et digne d’envie.
PAR ROY ATIRET BIYE, Journaliste Éditorialiste Internationaliste.

Égalité ou équité : pour une réflexion sereine sur la place de la femme.
MESSAGE AUX PRÉSIDENTS DES SECTIONS RDPC DU NOUN RELATIF AUX PROCHAINES ÉLECTIONS MUNICIPALES ET LÉGISLATIVES
Interview accordée par Monsieur NJUTAPMVOUI AROUNA, PLEG de Mathématiques à l’occasion de la 7ème édition de la journée internationale des Mathématiques.
Création de deux nouveaux CETIC à Foumbot
L’EDITORIAL POLITIQUE