Par Nji Nsounchiat Fit Mama

Dans le Noun, le terme « élite » est prononcé avec respect. Il évoque la réussite, l’autorité morale, l’influence sociale et la reconnaissance collective. Mais derrière cette appellation, que mettons-nous réellement ? Un statut ? Un diplôme ? Une réussite matérielle ? Ou une responsabilité envers la communauté ? La question mérite d’être posée avec sérénité, car le mot est puissant. Et lorsqu’un mot puissant est employé sans exigence, il perd sa profondeur.
I- Une notion enracinée dans l’histoire bamoun
Dans la tradition bamoun, l’élite n’a jamais été définie uniquement par la possession d’un pouvoir ou d’un privilège. Elle s’inscrivait dans une logique de service et d’utilité sociale. Sous l’autorité des souverains, notamment du grand Sultan Njoya, la reconnaissance ne se construisait pas sur l’apparence mais sur l’engagement. Était considéré comme élite celui qui contribuait à la stabilité du royaume, à la transmission du savoir, à la protection des populations, à la préservation des valeurs culturelles et à la cohésion sociale. L’élite n’était pas auto-proclamée. Elle était reconnue. Cette reconnaissance venait du peuple, des autorités traditionnelles, de la mémoire collective. Elle s’enracinait dans la durée. La tradition bamoun associait toujours le prestige à la responsabilité. Plus la position était élevée, plus l’exigence morale était forte.
II- La confusion contemporaine
Aujourd’hui, la société moderne valorise la réussite individuelle, la visibilité médiatique, les titres et les fonctions. Ces éléments sont légitimes et méritent considération. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à fonder une légitimité communautaire durable.
Peut-on réduire l’élite à la seule réussite professionnelle ?
Peut-on confondre influence sociale et utilité collective ?
Peut-on considérer qu’un statut dispense d’un devoir envers la communauté ?
Dans le Noun, comme dans toute société profondément enracinée, la légitimité sociale ne repose pas uniquement sur ce que l’on est, mais sur ce que l’on fait pour les autres. La réussite individuelle est honorable. Mais elle devient élite lorsqu’elle se transforme en contribution.
IlI- L’élite comme responsabilité morale
Être élite, au sens profond du terme, c’est accepter d’assumer une responsabilité élargie.C’est comprendre que sa position, son savoir ou ses moyens créent une obligation morale envers la communauté. C’est refuser l’indifférence face aux difficultés collectives. C’est investir dans l’éducation, soutenir les initiatives locales, contribuer à l’amélioration des conditions de vie. L’élite véritable est celle qui :
• crée des opportunités pour la jeunesse ; • accompagne les dynamiques de développement ;
• soutient les projets communautaires ;
- respecte et valorise les institutions traditionnelles ;
- agit avec constance et discrétion.
Elle n’agit pas pour la reconnaissance immédiate. Elle agit parce qu’elle estime que cela relève de son devoir.
VI- L’exigence de cohésion
La société bamoun s’est toujours construite autour de l’équilibre et du vivre-ensemble. L’élite n’a jamais été conçue comme un facteur de division. Elle devait au contraire rassembler, apaiser, structurer. Une élite qui fragmente, qui exclut, qui oppose, trahit sa vocation première. La grandeur, dans notre tradition, réside dans la capacité à transcender les clivages pour préserver l’essentiel : l’unité et la dignité collective.
V- La reconnaissance, un jugement silencieux
Dans le Noun, la reconnaissance sociale ne se décrète pas. Elle s’observe. Elle se manifeste par le respect spontané, par la confiance durable, par la mobilisation naturelle autour d’une personne lorsque l’intérêt collectif l’exige. La légitimité ne se construit pas dans l’instant. Elle s’inscrit dans la durée. Elle résulte d’une cohérence entre la parole et l’action. L’élite ne se définit pas par le bruit qu’elle fait, mais par la trace qu’elle laisse.
VI- Un héritage à préserver
À l’heure où les repères évoluent et où les modèles se transforment, il est essentiel de préserver l’exigence attachée à cette notion. Si tout le monde devient élite sans critère, le mot perd sa valeur. Si l’élite n’est plus synonyme de responsabilité, elle devient un simple ornement social. Le Noun a besoin d’élites au sens noble du terme : des femmes et des hommes qui assument leur réussite comme un engagement envers leur terroir ; des personnalités capables de conjuguer modernité et enracinement ; des acteurs convaincus que l’honneur véritable réside dans l’utilité sociale. En Conclusion l’élite bamoun n’est ni un titre administratif, ni une position circonstancielle, ni une simple réussite individuelle. Elle est une responsabilité morale. Elle est un engagement durable. Elle est une fidélité aux valeurs de service, de cohésion et de dignité qui ont façonné notre histoire. Au final, ce n’est ni le statut ni la visibilité qui consacrent une élite. C’est le regard du peuple. Et la mémoire du temps.
PAR NJI NSOUNCHIATFIT MAMA

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